Le cacao joue un rôle stratégique et indéniable dans le développement économique et social de la Côte d’Ivoire depuis son indépendance. En 2020, plus de deux millions de tonnes ont été produits soit environ 45 % de la production mondiale. Le secteur représente environ 14 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et près de 6 millions de personnes tirent leurs ressources de la culture du cacao. Il assure une large portion des recettes d’exportation (40 %). L’Union européenne reste le principal client de la Côte d’Ivoire puisque 67% des exportations de cacao ivoiriennes y sont destinées.

Selon l’étude1 sur les facteurs de la déforestation en Côte d’Ivoire réalisée en 2016 par ETC TERRA pour le compte de la REDD+, l’agriculture en général et en particulier le cacao est responsable à 62 % de la déforestation et de la dégradation des forêts en Côte d’Ivoire. Cette déforestation et dégradation des forêts n’épargne pas les aires protégées (forêts classées, réserves et parcs nationaux). Ces dernières années, des rapports et articles de presse ont démontré l’existence de plantations de cacao dans ces zones protégées alors que la loi y interdit toute production de spéculation agricole, voire le cacao. Toutefois, les données sont insuffisantes sur la production, le circuit de de commercialisation de ces produits agricoles en l’occurrence le cacao produits illégalement.

Alors que le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil de l’UE entament des négociations pour trouver un compromis sur le règlement sur les produits sans déforestation, nous appelons les négociateurs à maintenir un niveau d’ambition élevé et à s’abstenir de tout compromis préjudiciable. Les OSC soussignées ont à cœur de veiller à ce que les réalités et les besoins des petits producteurs et des communautés forestières soient pris en compte, afin d’assurer une mise en œuvre efficace des futures exigences de l’UE. Nous saluons les amendements introduits par le Parlement, qui ont le potentiel de permettre une mise en œuvre inclusive du règlement dans les secteurs où les petits producteurs sont nombreux

La Côte d’Ivoire et le Ghana représentent 65 % de la production mondiale de cacao, mais les agriculteurs de ces deux pays gagnent moins de 6 % du revenu total de l’industrie du chocolat, évalué à environ 130 milliards de dollars par an. De nouvelles études ont montré que la part des « cultivateurs de cacao » dans l’ensemble de l’industrie du chocolat a considérablement diminué au fil des ans, car les négociants, les marques et les détaillants ont accumulé des superprofits. Par exemple, selon Fairtrade, lorsque les prix du cacao étaient élevés dans les années 1970, les producteurs de cacao gagnaient jusqu’à 50 % de la valeur d’une barre de chocolat. Ce chiffre est tombé à 16 % dans les années 1980 et, aujourd’hui, les agriculteurs ne
reçoivent qu’environ 6 % de la valeur. Cela a entraîné des niveaux élevés de pauvreté et de difficultés pour les producteurs de cacao des deux plus grands pays producteurs de cacao au monde. Aujourd’hui, les producteurs de cacao ne vivent pas, ils ne font que survivre.

En tant que représentant de ces groupes d’acteurs (ONGs et OPA), nous avons au cours de nos différentes participations à ces discussions, porté la voix et les préoccupations de nos communautés en particulier celles des petits producteurs de cacao. Nous avons insisté à maintes reprises sur l’importance d’aborder la question du fonctionnement du marché et le mécanisme de fixation du prix du cacao, la nécessité d’une réforme de la filière pour davantage de transparence et
l’importance de la mise en place d’un système de traçabilité assorti d’un mécanisme de contrôle robuste, crédible et transparent. Sur tous ces sujets prioritaires pour la société civile, cette feuille de route mentionne des actions concrètes qui, si elles sont mises en œuvre, constitueraient une base solide pour une filière cacao durable.

The complexity of the cocoa supply chain is indeed at the root of our main problems: the non-payment of promised sustainability premiums and of the official cocoa price set by our government, the existence of illegal cooperatives that purchase cocoa produced in protected forests, the failure to control the number of farmers, the government’s lack of knowledge of the number of cocoa plots, but above all the existence of numerous intermediaries along the supply chain.

Contribuer à la mise en œuvre d’activités de protection, de gestion durable et participative des ressources forestières afin de contribuer à réduire les risques de conflits liés à la profanation et à l’exploitation des forêts sacrées dans le Département de Biankouma.

A l’instar du secteur forêt-bois, l’observation indépendante entend apporter sa contribution à l’atteinte de l’objectif d’une chaîne d’approvisionnement de cacao légale et sans déforestation à travers la collecte de données crédibles, fiables et vérifiables. Ainsi, l’Observation Indépendante de la filière Cacao (OIC) a enquêté sur l’existence de plantations cacaoyères dans l’une des forêts classées les mieux protégées (Forêt de Cavally) (Carte 1) aujourd’hui et qui fait partie des forêts de catégorie 2 selon la nouvelle classification des forêts classées (cf.code politique forestière nationale). En outre, l’enquête a tenté de documenter le circuit de commercialisation de ce cacao produit illégalement et qui conduit à la déforestation d’une forêt classée.

La mise en œuvre de la stratégie de Préservation, de Réhabilitation et d’Extension des Forêts et de l’Initiative Cacao et Forêts a démarré avec quelques résultats encourageants. Le défi majeur à relever demeure la mobilisation des ressources techniques et financières requises pour mettre en œuvre des actions concrètes sur le terrain.