Cacao Mine Rapports d'observation indépendante

« Pas de problème, il y a plein de forêt ! »

RAPPORT SUR LES IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX ET SOCIO-ÉCONOMIQUES DE LA CULTURE ET DU COMMERCE DU CACAO LE LONG DE LA FRONTIÈRE ENTRE LE LIBÉRIA ET LA CÔTE D’IVOIRE

  • La pression de déforestation liée au cacao est restée forte dans le paysage transfrontalier Taï – Grebo-Krahn, malgré la baisse des cours mondiaux fin 2025. Le déclin de la productivité ivoirienne (elle-même largement due à une déforestation massive liée au cacao) et le manque d’alternatives au Libéria poussent l’expansion du cacao jusque dans les zones forestières, y compris les parcs nationaux. Sur le long terme, la déforestation se déplace de la Côte d’Ivoire vers le Libéria, avec des conséquences potentiellement tout aussi dévastatrices.
  • Cette expansion s’appuie sur des réseaux migratoires transfrontaliers récents mais bien établis. Loin d’une migration spontanée, les données suggèrent un système structuré qui relie recrutement de main-d’œuvre, attribution des terres, création d’exploitations et commercialisation du cacao par-delà la frontière.
  • L’empiétement au Libéria n’en est qu’à un stade précoce et peut encore être stoppé. Mais beaucoup ne le perçoivent pas comme un problème : « Pas de problème, il y a plein de forêt », résume un ancien de Garleo, Libéria, pour qui « si les animaux ne se sentent pas à l’aise ici, ils peuvent aller » dans les comtés voisins.
  • La gouvernance pose de sérieux défis : des terres forestières sont attribuées à des parrains de migrants par des accords verbaux peu contraignants, tandis que le flou des limites entre terres communautaires et aires protégées favorise empiétements et litiges. Une approche reposant uniquement sur l’application, dans les aires protégées, des lois forestières, foncières et migratoires a donc peu de chances d’aboutir sans une gouvernance foncière renforcée, un soutien aux moyens de subsistance et le développement des infrastructures. Les défis de traçabilité sont considérables pour les gouvernements, exportateurs et acheteurs qui doivent démontrer des chaînes d’approvisionnement sans déforestation. Une réponse efficace exigera une coopération durable entre le Libéria et la Côte d’Ivoire, associant administrations, communautés, société civile et secteur privé.